Archéologie


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GESVES - Il y a 350 millions d'années

En 2004, une équipe de paléontologues fouille une ancienne carrière à Strud, où ont été découverts des fossiles d'importance mondiale.

1 La petite histoire : Elle commence aux alentours de 1880, quand un paléontologue de l'Université de Liège, Maximin Lohest, fouille le site d'une carrière à Strud. Il y découvre divers fossiles, dont un qu'il identifie comme une mandibule de poisson..

Plus d'un siècle se passe au cours duquel les connaissances en paléontologie croissent de manière exponentielle, mais le site Gesvois est pour ainsi dire oublié de la littérature scientifique. Puis un jeune chercheur français au Muséum d'Histoire naturelle de Paris, Gaël Clément, se penche sur les sites de la période du dévonien. Dans ses recherches bibliographiques, il tombe sur l'ouvrage de Lohest et ce fossile : " Non, ce serait trop beau, se dit-il, ce n'est pas possible!" Et pourtant si ! Vérification faite, ce que le Belge avait pris pour un poisson était en réalité la mâchoire d'un tétrapode répondant au doux nom d'Ichthyostéga.

2 Un grand moment de préhistoire : Du XIXe siècle, l'aventure fait d'un coup un bond à rebours dans le temps de 350 millions d'années. ? cette époque la Terre est composée de deux méga continents. L'un au Nord avec ce qui deviendra plus tard l'Amérique, l'Europe et le Groenland, l'autre au Sud avec l'Afrique et l'Asie. Le climat en Europe est tropical, la flore sur terre est riche, mais le règne animal est surtout marin... Plus pour longtemps car les premiers vertébrés aquatiques, appelés tétrapodes vont bientôt faire le grand saut et entamer la conquête de la Terre. Par les hasards et nécessités de l'évolution, ils sont les ancêtres des mammifères, donc des hommes.

3 Le message d'Ichthyostéga. L'ichthyostéga était un de ces tétrapodes. En mai 2004, une équipe universitaire pluridisciplinaire et internationale est donc revenue à Strud. Le travail de ces chercheurs consiste à déterminer où, quand, comment et pourquoi la faune aquatique a une beau jour risqué une nageoire sur ce qui allait devenir grâce à eux le plancher des vaches. La redécouverte du tétrapode de Strud est dans cette enquête quasi policière un indice d'importance capitale. D'abord, elle est excessivement rare, puisque seuls une dizaine de spécimens semblables ont été exhumés de par le monde. Ensuite la mâchoire gesvoise correspond à une autre trouvée au Groenland dans une couche équivalente au point de vue datation. Cela prouve qu'à cette époque et malgré la distance de 2 500 kilomètres qui les séparaient, Europe et Groenland étaient en contact par " échange " de faune.

4 Le " pont " entre les deux méga continents. Un second séjour de l'équipe de chercheurs en mai dernier a débouché sur d'autres découvertes, notamment des écailles d'un poisson dipneuste (ce dernier mot signifiant qu'il disposait des deux modes de respiration : branchies et poumons). Cette faune marine, également attestée dans le méga continent du Sud, est la preuve qu'il existait un lien, un passage, vers celui du Nord, au moins sous forme d'une mer peu profonde par laquelle les poissons migraient. Il s'agit là d'un élément de réponse à une question qui divise le monde scientifique.
    (Dipneuse)
5 L'aventure continue. Le dipneuste à lui seul a à la fois un peu déçu le Gaël Clément et ses collègues en même temps qu'il leur donne du cœur à l'ouvrage : " Dans un premier temps, on a espéré que ce soit un autre tétrapode. Ce n'est pas le cas, mais le dipneuste nous prouve que nous sommes dans la bonne couche car on ne le trouve qu'au Groenland et avec le tétrapode. C'est le signe qu'il faut continuer de chercher. " L'équipe parle de revenir en octobre prochain, pour une nouvelle session de fouilles. Avec, qui sait, d'autres trouvailles à déterrer.